Ça m’expate !

Publié le par Tite zoreille

Ça sonne comme un avis de tempête ou de typhon. Comme une détonation. C’est ta vie qui bascule en trois mots, noir sur blanc : “ordre de mutation”. Direction : Saint-Denis de La Réunion. Ok, c’est un département français. Mais un département à 10 000 km de là, tout de même. Un saut d’avion (de 12 heures…).

À la roulette créole des mutations, nous n’avons pas tiré le pire des lots outre-mer. Guyane, Nouvelle Calédonie, Martinique, Tahiti… La Réunion semble, vue d’ici, un heureux mélange d’éthnies et de religions.

N’empêche : on a beau savoir que le marin est appelé à muter, lorsque l’heure arrive de tout empaqueter, on peut être un peu surpris, voire déboussolé. Et puis : nous avions coché la case “je souhaite rester à Brest”…

Pour le marin, les choses sont assez “simples” : il suit son chemin de carrière, le soleil en plus. Pour sa femme, en revanche, c’est une autre affaire : il faut quitter famille, amis, maison, clubs de sports ou associations, et surtout son travail, condition sine qua non d’épanouissement social et d’autonomie financière. Parce que oui, figurez-vous qu’il y a des femmes de militaires qui travaillent ! Et qui ne souhaitent, en aucun cas, rester à la maison s’occuper de la cuisine et des enfants. Tout quitter, donc, pour l’inconnu. Un saut sans parachute dans l’autre hemisphère.

Et l’impression, tenace, d’être aux yeux de la Marine une quantité négligeable, à mettre dans les cartons, avec le bébé, la télévision, une paire de draps et trois assiettes.

Pour suivre mon conjoint, j’ai entamé, il y a quelques semaines, un chemin de croix existentiel et administratif. Étant donné que les emplois dans ma branche ne sont pas légion, démissionner ne revient-il pas à faire un “hara-kiri” professionnel ? Quid de mes droits ? De ma carte de presse ? Et ma sécu ? Et la retraite ? Et la crèche ? Que vais-je faire là-bas ? Et notre fille ? Et la maison ? Et le chat ?? En plus, il y a des requins et des scolopendres !

Pas grand monde pour m’orienter dans cette forêt (vierge) de questions. Des perspectives à débroussailler à la machette. Des doutes, aussi, comme un brouillard épais et poisseux dans lequel je m’englue au quotidien : et si le marin quittait la Marine ? Et si je quittais le marin…?

Au final, j’ai choisi de tenter l’aventure familiale outre-mer. Et de faire de cette expatriation une chance, unique, de vivre autre chose. De remettre ma capacité d’adaptation sur le métier, encore et toujours. Une chance de ne pas s’encroûter. Une chance pour notre enfant de courir après les tortues de mer et de parler créole. Une chance pour la baroudeuse que je suis de faire de Saint-Denis un tremplin aérien pour rayonner alentour : l’île Maurice, les Seychelles, Madagascar, l’Afrique du sud, la Tanzanie, me tendent les bras… Une chance d’aller voir ailleurs si j’y suis. Si nous y sommes.

Ça m’expate !
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Manue 22/05/2014 11:52

Vous allez effectivement vivre une aventure "expatante" !! Ce mot est judicieusement bien trouvé.
Oui fais nous voyager et partager votre aventure. Alimente régulièrement ton blog car c'est un plaisir que de te lire. Bon courage pour les préparatifs bisous à ta tribu !!

Stéphanie 21/05/2014 21:21

Je partage l'avis des Stéphanie, en général ou en particulier (en fait non mais là, c'est un grand oui !) je suivrai tes aventures avec un grand plaisir...

Stéphanie 21/05/2014 16:47

ce que moi je trouve bien dans ton aventure, c'est que je vais pouvoir te lire à nouveau...
Bon courage, amuse toi bien, écris, écris, écris !!
Des bisous