Ma vie en container

Publié le par Tite zoreille

Avant d’y être confronté, on n’imagine pas l’organisation et les galères inhérentes à un déménagement outre-mer.

Alors, pour résumer : on part trois ans. Une partie de nos affaires embarque en container pour un voyage de 6 à 8 semaines sur les océans du globe (avec des risques divers et variés. Un certain déménageur brestois affiche 4 % de pertes à destination de La Réunion. Véridique !). Les affaires partent en voyage : bye bye chaise bébé ! Bye bye siège auto ! Bye bye voiture ! Au revoir lampes, draps, égouttoir à vaisselle, couverts, télé, vêtements, ordinateur ! En attendant de vous retrouver, nous allons devoir camper pendant presque deux mois. Système démerde.

L’agencement du container correspond à un volume bien précis, conditionné par le grade du marin et la composition de sa famille. Pour nous : 20 m3 dont 7 alloués au véhicule. C’est du tétris : on place d’abord la voiture dans le caisson, on l’enrobe d’une armature en bois sur laquelle on empile les cartons. On entoure le tout de déshumidificateurs, histoire que les cartons ne pourrissent pas trop et que la garniture de la voiture ne se décolle pas avant son arrivée…

A cela s’ajoutent 40 kg de bagages par personne en soute le jour de notre départ. On ne prend donc que le nécessaire : des vêtements, et heu… des vêtements. La totalité des meubles, livres, papiers, part en garde-meuble pour trois années…

C’est toute une gymnastique intellectuelle. Concrètement : on embarque une voiture en container. On vend la deuxième. On en rachète une autre sur place. On troque une maison avec jardin pour un appartement dans une “cité” militaire, au troisième étage sans ascenseur (!). Faute d’espaces verts, on laisse le chat en pension dans les Côtes d’Armor.

L’avis de mutation donne le coup d’envoi d’une chorégraphie étonnante : la valse des déménageurs. Il faut présenter trois devis à la Marine. Et là, attention, c’est surréaliste : le moindre sèche-serviette est mentionné, dimensionné, chiffré. Rien de dépasse. Et c’est un métier : en visitant pièce après pièce, les trois déménageurs tombent pile sur le même volume de garde-meuble. C’est encore un casse-tête comptable, pour les déménagés : il faut estimer le volume à assurer, et détailler le prix de chacun des éléments embarqués pour que les chiffres collent : quel est le prix d’un torchon ? D’un mouchoir ? D’un oreiller ? D’une tasse ?... De quoi en faire des cauchemars.

Qu’est-ce qu’on prend ? Qu’est-ce qu’on laisse ? Qu’est-ce qu’on donne ? Qu’est-ce qu’on jette ? Et puis, les choses dont on peut se passer trois ans, on pourrait bien s’en passer toute une vie, non ? Petit à petit, on déplace le curseur de l’indispensabilité. Voilà de quoi alimenter une réflexion philosophico-pratique sur la place des objets dans nos vies.

Au final : ce qui part peut tomber à l’eau. Ce qui reste va moisir. Bref : on s’éclate.

Ma vie en container
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