Premières impressions

Publié le par Tite zoreille

Difficile de décrire notre arrivée sur ce gros caillou jeté au beau milieu de l’Océan Indien. C’est un patchwork d’impressions disparates, d’enchantements, d’étonnements, d’amusements, de questionnements. Je vous livre pêle-mêle ce qui a retenu notre attention. Ça donne à peu près ça :

  • Chaleur. 28 degrés, et nous sommes en plein cœur de l’hiver austral ! Je bronze, je brûle, même. Je risque l’auto-combustion, c’est sûr, quand viendra l’été…
  • Hauteurs. Notre nouveau chez nous est un volcan, ou plutôt un ensemble de cratères avec vue sur mer. 3000 m de haut, autant sous l’eau (ce qui explique que plein de bébêtes aquatiques s’y sentent bien, du requin mangeur de surfeur au cœlacanthe, ce poisson préhistorique assez disgracieux). L’arrivée en avion offre un spectacle superbe. Au quotidien, le paysage ne manque ni de souffle, ni de reliefs.
  • Fruits, légumes et épices. Bébé se régale des ananas Victoria qui garnissent les étals, avec la papaye, le jujube (c’est la saison), les fruits de la passion, les petites bananes qu’on mange à tous les repas ou presque, le chouchou (qu’on apprend à cuisiner en gratins), la patate douce… La vanille, omniprésente, embaume les marchés.
Nou la fé.

Nou la fé.

  • Insularité. Comme sur l’île de Pâques, je retrouve un horizon dégagé, dénué d’îles et d’îlots et, à l’exception d’un porte-containers par-ci par-là, de bateaux. Une impression de bout du monde, et un panorama qui invite à la contemplation.
  • Falaises. La route du littorale, au pied des falaises vertigineuses, plastifiées de cottes de mailles destinées à retenir les roches baladeuses, est impressionnante. Ici, la chute d’un rocher de deux tonnes sur la route est un événement relativement…banal.
  • Rythme. Se lever à 5 h du matin (3 h dans la métropole), regarder son mari partir travailler à 6 h, voir des bandes de jeunes se diriger vers la plage à 7 h, être sous le cagnard de 8 h et entendre dire, vers 9 h, « qu’il est déjà tard », est assez décalant, quand on débarque du continent.
  • Langue. Me faire apostropher en créole dans les commerces me donne franchement envie d’apprendre la langue pour dialoguer avec les habitants.
  • Moustiques. Mais pourquoi ces satanées bestioles s’en prennent toujours à moi ???
  • Rougails et caris. Qu’est-ce qu’on mange ce midi ? Rougail saucisses fumées et achards de légumes. Et demain ? Poulet massalé !
  • Métissage. Le plaisir de voir bébé en couche au milieu des petits Créoles, au bord du lagon. La joie d’évoluer au sein d’une population affichant un aussi joli nuancier de couleurs de peaux.
  • Météo. Regarder les nuages qui, en fin de matinée, restent accrochés dans les montagnes. Ciel bleu le matin, invariablement couvert l’après-midi. Crème solaire entre 8 h et 11 h.
  • Insectes. Abandonner la lutte contre les fourmis qui semblent faire partie intégrante de toute cuisine réunionnaise qui se respecte.
  • Requins. Les attaques sont suffisamment fréquentes (14 en deux ans, la dernière il y a une quinzaine de jours…) pour dissuader pas mal de surfeurs de pratiquer (beaucoup vont en métropole s’adonner à leur passion). J’ai donc rangé ma planche de bodyboard au profit d’activités moins coûteuses en bras et en jambes, comme faire la queue à Pôle Emploi.
  • Lumière. Admirer le soleil matinal qui déverse ses torrents d’aube incandescente sur l’île.
Mes lectures "locales".

Mes lectures "locales".

  • « Métro ». L’impression, dès que j’ouvre la bouche, d’avoir, tatoué sur le front en lettres phosphorescentes, la mention « métro ». Lire, sur les enseignes des coiffeurs : « coiffures black ET métro ».
  • Nuit. Se remplir les pupilles du bain de mer que s’offre le soleil avant de disparaître soudainement autour de 18 h.
  • Santé ! Siroter une Dodo (lé la !), bière locale signée du volatil éponyme, malheureusement disparu. Avec une préférence pour la « Dodo métisse », aromatisée au letchi (on ne dit pas « litchi » ici). Boire du Séga ananas, de l’eau du cirque de Mafate, et surtout : du rhum arrangé à la banane flambée.
  • Drôle. Voir les étals des supermarchés garnis de fromages à raclette, charcuteries, nécessaires à fondues, alors qu’il fait 28 degrès… Ben oui, c’est l’hiver :D
  • Mélopée. Saisir l’appel chantant du muezzin sur le balcon, ou dans la rue.
  • Pratique. Le linge qui sèche en deux heures.
  • Télé. Recevoir Télérama avec 5 jours de retard. De toute façon nous ne regardons plus la télé. Les programmes métroplitains nous arrivent avec 2 h de décalage. Paie ton 19/20 à 21 h, et ton film à 22 h 45…
  • Beurk. L’odeur tenace de carton mouillé qui imprègne chaque objet sorti du container, y compris la voiture.
  • Faits div. Ecouter les faits divers racontés en direct sur radio Freedom…
  • Hélices. Les pales immenses des ventilos au plafond dans toutes les pièces. L’impression de dormir sous un hélicoptère.
  • Météo (bis). Entendre les gens dire « il ne fait pas beau aujourd’hui », alors qu’il fait 22 degrès… Lire dans le journal que les visiteurs méritants ont attendu l’ouverture de la cité du volcan, dehors, « malgré une température inférieure à 15 degrès » (SIC).
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