Caf...kaïen

Publié le par Tite zoreille

Aujourd’hui est jour de Caf. Ayant eu vent de la légendaire file d’attente qui s’y forme bien avant l’ouverture, je quitte la maison à 6 h 30. Mon parcours du combattant commence par trois quart d’heures de bouchons. Et oui : il n’y a qu’un seul accueil public de la Caf à Saint-Denis (pour 145 000 habitants), et il est à l’autre bout de la ville !
J’arrive à 7 h 15, donc, pour me joindre à la cinquantaine de personnes qui poireautent déjà devant les portes closes d’un grand bâtiment austère, façon Caf avec vue sur mer. À 7 h 30, nous sommes une bonne centaine. Dans cette queue d’allocataires se pressent des boubous, des bébés, des saris, des masques mahorais, quelques blondinets, des foulards, et pas mal de “savattes deux doigts”, comme on dit. Nous ferions une jolie pub pour Benetton.

Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance...

Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance...

Ouverture des portes, distribution des tickets. La valse des numéros commence. 5010, 5011, 5012... L’impression de jouer au loto. Ai-je tiré le gros lot ?
Dans une vaste salle aux allures de hall de gare je retrouve, comme à Pôle emploi, toute la détresse humaine, des visages abîmés, fermés, résignés. Et quelques enfants qui illuminent de leurs jeux, heureusement, le carrelage antracite pâtiné de désoeuvrement. Sur les murs, les mots “Solidarité”, “Respect”, “Droits”, dansent devant les yeux fatigués des allocataires levés trop tôt. “Respect” ? Au lieu de multiplier les projets faramineux (je ne citerai aucune route du littoral, espace aquatique ou parc d’attraction façon Puy du fou), ne serait-il pas judicieux d’ouvrir des antennes de proximité des services publics afin d’offrir aux citoyens un accueil digne et près de chez eux ? Ces grands espaces déshumanisés, ces numéros infantilisants, n’ajoutent-ils pas de la détresse à la misère ambiante ?
D’autant plus à La Réunion, où 30 % de la population est au chômage (60 % chez les jeunes). Ici, les allocations constituent une préoccupation quotidienne (et un sujet de discussion récurrent sur Radio Freedom).

Le vaisseau Caf : embarquement immédiat pour des heures d'ennui.

Le vaisseau Caf : embarquement immédiat pour des heures d'ennui.

Les numéros défilent à la vitesse d’une stalactite en formation. Je vais y passer la matinée. Tout ça pour mettre à jour le transfert de mon dossier (démarche déjà effectuée précédemment par téléphone, sur le site de la Caf et celui du gouvernement. En vain). Peut-être qu’un gain d’efficacité contribuerait à diminuer les files d’attente coûteuses en moyens et en dignité ? J’dis ça, j’dis rien, hein.
Je repartirai, quelques heures plus tard, avec un nouveau numéro d’allocataire. En espérant ne plus avoir à revenir de sitôt.

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Julie Anh 14/10/2014 18:15

j'adore tes articles!!!